Réalité masculine

Au cours des dernières décennies, le taux de suicide au Québec n’a cessé d’augmenter en passant de 12,9 par 100 000 habitants, en 1976, à 16,7 par 100 000 Québécois, en 2005 (Agence santé et services sociaux, janvier 2007). La mortalité par suicide survient beaucoup plus fréquemment chez les hommes que chez les femmes. Ainsi, au Québec, de 1999 à 2003, près de quatre suicides sur cinq (79 %) ont impliqué les hommes (Lefebvre, 2004).

De nombreux hommes perçoivent leur travail comme l’unique critère d’évaluation de leur valeur personnelle. Ainsi, lors d’une perte d’emploi ou d’un échec, c’est tout leur univers qui s’effondre littéralement. Le stress, un réseau social peu développé, des difficultés financières et/ou conjugales sont des caractéristiques qui positionnent l’individu en état de vulnérabilité. Cette situation amène l’homme à vivre trop souvent ces caractéristiques négatives simultanément.

Malgré le taux élevé de détresse chez beaucoup d’hommes, à peine le tiers des consultations en santé mentale origine des hommes. L’image «impérative» de force perdure encore chez beaucoup d’hommes. Ainsi demander de l’aide extérieure représente un signe de faiblesse pour eux. Inévitablement, les hommes sont alors en situation de très grande vulnérabilité en ce qui a trait à leur santé mentale et trop souvent ils adoptent des comportements destructeurs.

Certaines convictions au sujet de la virilité incitent également les hommes à ne pas se soucier de leurs problèmes de santé. Ils sont nombreux à ne pas croire qu’ils peuvent souffrir de dépression et n’ont donc pas d’intérêt à consulter un médecin. De la même façon, les comportements à risque observés surtout chez les jeunes hommes, dont l’abus d’alcool, de drogues et la violence, peuvent masquer des problèmes d’ordre émotif, souvent à leur insu. Suite à une demande d’aide, les hommes s’attendent à une réponse immédiate et à une « guérison » rapide. Ils éprouvent de la difficulté à se confier et ne poursuivent pas le traitement.

Selon les chiffres de Statistique Canada (2002), la détresse psychologique demeure grandement associée à la mortalité, même si l’on tient compte de l’effet de l’âge, du stress financier et familial, du niveau de scolarité et de l’état matrimonial. La source de revenu peut aussi être un facteur relié au risque de mortalité par suicide. Ceux qui recevaient une pension de l’État, le supplément de revenu garanti ou des prestations d’aide sociale étaient plus susceptibles de décéder par suicide que ceux qui avaient d’autres sources de revenu.